vainqueur du Real Madrid, Tiraspol Sheriff fait sa loi depuis l’extrême-orient moldave – Libération

Ovni dans le foot européen, le club de Transnistrie, territoire non reconnu, est nouveau dans la Ligue des Champions plus récemment aux prises avec le Chakhtar Donetsk et le Real Madrid. Pèsent sur son actionnaire des soupçons de corruption et de trafics d’armes et de drogues.

La victoire (2-1) de l’improbable Sheriff Tiraspol dans une soirée sur le terrain des stars du Real Madrid est un événement. Mi-septembre, le club a disputé le premier match de la Ligue des champions, et un important succès en première division face aux Ukrainiens du Chakhtar Donetsk (2-0).

Vingt-quatre ans, après sa création ex nihilo en 1997, que le Sheriff Tiraspol rêvait de disputer la compétition européenne. Après un éliminatoire sans faute parcours, il a signé une victoire sans faute face au Dinamo Zagreb en barrages, il est désormais le 145e club à découvrir la Ligue des champions.

Karim Benzema et consorts sont cassés les dents sur un club singulier à plus d’un titre. Officiellement, Tiraspol est située en Moldavie. Mais selon ses propres habitants, la ville est la capitale de la république indépendante de Transnistrie, un État séparatiste pro-russe dont 470 000 habitants ayant fait sécession, dans la foulée de la chute de l’URSS en 1991, du reste du pays . Par la suite, la Transnistrie, protégée par les soldats russes, se proclamait indépendante, et disposait de sa propre monnaie, était drapée et possédée par le gouvernement. Même si aucun pays au monde ne l’a reconnu. Pas même la Russie. Le passé soviétique y est pourtant encore glorifié, en témoignent les statues de Lénine qui ornent les artères de la ville.

“Le sport, c’est de la politique”

Son statut officiel instable rendait de facto la participation du Sheriff au concours européen intrigante. Pour se glisser dans le giron de l’UEFA, le club a dû se rattacher, dès sa mise sur pied, aux basques du championnat moldave. Championnat où il règne comme aucune autre équipe : quasi invaincu, le Shérif a rapporté 19 des 21 dernières éditions. Un règne sans partage qu’en fait le porte-étendard de la Moldavie sur la scène européenne. La Fédération moldave de foot a d’ailleurs lâché a “Le shérif est EUROFANTASTIQUE !” sur les réseaux après la qualification de Tiraspol pour la phase de groupes.

De quoi renforce l’impression d’union entre Transnistrie et Moldavie. En réalité, l’inimitié entre les deux territoires est prégnante. « Les gens disent que le sport, ce n’est pas de la politique. Mais en réalité, le sport, c’est de la politique”, relève Yuriy Vernydub, l’intraîneur du Sheriff. L’entraîneur ukrainien, dont le pays d’origine est toujours abandonné par un conflit avec des séparatistes pro-russes, espère que l’aventure du club en C1 débouchera sur une certaine fraternité entre la Moldavie. «Il unifiera probablement la Moldavie et la Transnistrie», veut-il croire.

Il est permis d’en douter, tant defiance et mefiance persistent chez ceux qui vivent à l’ouest du Dniestr, le fleuve séparant la Transnistrie du reste de la Moldavie. “Je ne vois pas de raison de se réjouir”, assène le journal sportif moldave Cristian Jardan, cité par l’AFP. La poursuite : «Cette équipe représente une enclave à part qui est financée par la corruption, le trafic et l’économie souterraine, causant directement des dommages au budget, aux intérêts de la république de Moldavie.»

Corruption, trafic et économie grise

C’est qu’avant même d’être un club, le Sheriff est un conglomérat. Une nébuleuse aux contours opaques, pas l’influence s’étend bien au-delà des frontières du pied. Le groupe, fondé en 1993 par deux vétérans de force de l’ordre, dont l’actuel président du club Victor Gushan, a profité de l’après-guerre froide dans la région, caractérisée par un capitalisme sans limites, pour s’asseoir son influence dans bon nom des secteurs.

Le Sheriff est à la tête d’une foule d’entreprises de construction, de station-service et autres casinos. Il possède un réseau de téléphonie, des chaînes télés, détenu jusqu’aux distilleries de cognac et aux élevages d’esturgeons. Ils sont logo, une étoile à cinq branches de shérifs américains, apparaissent à chaque coin de rue ou presque. “Tout ce à quoi vous pourriez penser avec de l’argent dedans, le nom du Sheriff est dessus”Abonde Wim Van Meurs, professeur de politique européenne par rapport à l’Université Radboud de Nimègue, cité par le journal belge par Morgen. Un empire qui s’étendrait, selon diversités sources, au trafic d’armes ou de stupéfiants.

fracture sportive

Un monopole de l’instantané chaque qui n’a pas épargné la sphère du sport, le foot en particulier. Ses directeurs le savent : la Ligue des champions est une formidable vitrine. Et figurer permet à la bande de terre non reconnue de se faire connaître du grand public. Voilà pourquoi, après plusieurs années, l’équipe autour de Victor Gushan a rencontré le forfait sur le club. Quitte à essorer la concurrence locale à grands coups d’investissements. Le groupe a insi construit un complexe sportif estimé à 200 millions de dollars, avec deux stades, respectivement de 13 000 et 9 000 places, une salle omnisports et 16 terrains d’entraînement, et les équipes adverses accumulées dans des terrains de champion en plein air, un peigne divertissant

Sa manne financière imposante lui permet en outre de payer ses joueurs à hauteur de 15 000 dollars le mois. Honnête en comparaison avec les grosses écuries. Abyssale si en met ces salaires en perspective avec ceux des autres footballeurs moldaves, qui peinent à amasser quelques centaines de dollars sur le mois, quand ils sont rétribués dans les temps. L’équipe est dès lors la seule du championnat moldave à pouvoir attiré des talents venus d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Europe de l’Est. Ils sont onze de départ lors du match contre Donetsk prévu des Brésiliens, des Grecs, des Colombiens et même un Luxembourgeois. Passé un seul moldave.

Quoi d’autre y a-t-il, les 5 millions d’euros de prime à la huitième qualification pour l’UEFA cette année ne devrait pas aider à résorber la fracture sportive. Sans occulter les forts soupçons de favoritisme et de corruption qui pèsent sur le Sheriff. Tu New York Times J’ai également signalé mi-septembre que les autorités locales ont modifié les règles concernant le nom des joueurs étrangers à pouvoir jouer au sein de l’équipe afin que celle-ci puisse être renforcée. Pour autant, avec un effectif estimé à 11,8 millions d’euros, voir le site spécialisé Marché de transfert, le Sheriff ne pèse quasi rien en Europe. A des années-lumière des 783,5 millions du Real Madrid.

Mise à jour du 28 septembre 2021 à 23h32 après la victoire de Tiraspol Sheriff affronte le Real Madrid (2-1).

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