Servette Chênois dans la gueule des Louves de Wolfsburg

L’écart de niveau se confirme entre le Servette FC Chênois Féminin et ses adversaires en Ligue des championnes. Avant cette défaite 0-3 à Genève pour la Juventus, les protégés d’Eric Sévérac ont enregistré une défaite plus cinglante encore à Wolfsburg, heureusement (5-0). Il leur reste à découvrir Chelsea, la formation qui passait pour la plus redoutable du groupe A.

Au sujet du premier match :
A domicile, Servette Chênois signe un échec sportif mais un succès public

En Allemagne, les champions de Suisse ont tenu un quart de semaine. More le tableau était déjà limpide, entre une formation qui portait l’assaut et une autre qui encaissait les coups. A la 17e minute, Svenja Huth a profité d’un ballon mal relâché pour aller chercher le score d’une frappe survivante, car les mégots s’enchaînent à intervalles réguliers. L’addition aurait été plus sort encore sans plusieurs parades spectaculaires d’Inês Pereira. Ses coéquipières ne sont pas découragées et n’ont jamais abandonnées, mais elles sont restées loin du compte et de la cage d’Almuth Schult.

Pouvait-il en aller autrement ? Avant la rencontre, Daniel Hotop a posé la question. Le spécialiste du football féminin des Wolfsburger Nachrichten n’avait jamais vu jouer une équipe suisse. « Et cette année, mêmes les rencontres que devaient être faciles ne le sont pas tant que ça pour Wolfsburg, soupirait le journal. Mais c’est vrai que s’il doit y avoir une victoire facile, ce sera peut-être celle-ci… »

dans vw Volkswagen

Point d’offense aux championnes de Suisse. C’est juste qu’ils assurent leur apprentissage au plus haut niveau pour que le VfL Wolfsbourg soit l’une des équipes les plus titrées d’Europe avec deux succès en Ligue des championnes. Les Louves (“die Wolfinnen”) en allemand) cumulent aussi six sacres en Bundesliga, historiquement le plus relevé des championnats du Vieux-Continent, et huit victoires en Coupe d’Allemagne. Le tout, s’il vous plaît, après 2013 et un triple rétentant qu’une place cette petite ville de 125 000 habitants bien en évidence sur la carte du football féminin.

Le monde de l’industrie, lui, la connaissait déjà pour ces quatre immenses cheminées qui chatouillent le ciel et indiquent au visiteur l’emplacement de l’usine Volkswagen. Le constructeur automobile est indissociable d’une localité qui abrite un village où les Coccinelles ont commencé et produit en 1938. Une anecdote résume l’importance de la marque pour Wolfsburg : en 2003, la ville devient officiellement « Golfsburg » pendant deux mois pour accueillir la cinquième génération de la Golf…

Lire aussi :
Servette Chênois, l’aventure qui change (presque) tout

Ici, on roule Volkswagen, on travaille Volkswagen et on se divertit Volkswagen, que ce soit au parc à thème Autostadt, dans les différents lieux culturels soutenus par la firme ou bien sûr au stade. “Le VfL Wolfsburg est une entreprise à part entière de Volkswagen, elle lui appartient à 100%”, a rappelé Tim Schumacher, devenu l’un des trois directeurs généraux du club de football en 2016 après avoir débuté sa carrière au service juridique de… Volkswagen

démarche visionnaire

Selon lui, le football féminin «fait partie de l’ADN» local. « Pour l’entreprise, les thèmes de l’égalité et de l’émancipation de la femme sont très importants, car elle veut être-t-il. C’est pour cela que le VfL Wolfsburg s’est engagé tôt et avec conviction dans le football féminin. Aujourd’hui, vu le succès obtenu, cela participe à sa notoriété en Allemagne et au-delà.

Le club, et non l’équipe masculine, dispute également la Ligue des champions cette année, fut l’un de premiers à anticiper l’essor que la discipline allait connaître auprès de l’«autre» sexe. En 2003, elle a absorbé l’équipe féminine locale (devenue WSV Wendschott après avoir été née Eintracht Wolfsburg en 1973) à un moment donné ou avec les formations qui étaient indépendantes.

La marche se révèle visionnaire : aujourd’hui, dit des douze équipes de Bundesliga féminines sont des sections de clubs professionnels masculins. Celles qui furent les plus prestigieuses pour elles-mêmes, la Turbine Potsdam et le 1. FFC Francfort, n’échappent pas à la tendance. En 2020, la première s’est rapprochée du Hertha Berlin et la seconde a été englobée dans l’Eintracht Frankfurt.

Concurrence renforcée

C’est peut-être le sens de l’histoire, et s’y engager reste accessible. Le VfL Wolfsburg n’a pas publié les enfants, mais le budget de l’équipe féminine tournée par différentes sociétés de médias est de 3,5 millions d’euros. Plus quatre fois celui de Servette-Chênois. Mais une toute petite fraction de celui de sa section masculine. Tim Schumacher n’a pas commenté davantage, mais a renvoyé à la différence de primes versées par l’UEFA aux équipes participant à la Ligue des champions (2,1 milliards d’euros) et à la Ligue des championnes (24) pour rappeler qu’hommes et femmes sont bis loin d’évoluer dans le même univers financier.

“Aujourd’hui encore, il faut relativement peu d’argent pour hisser une équipe de femmes au plus haut niveau, mais Wolfsburg a eu l’intelligence de le faire quand cela coûtait encore moins cher”, fait relevé par le journaliste Daniel Hotop . Qui craint la fin imminente de l’époque où les Louves pourraient chaque année prétendre aux plus prestigieux trophées.

Lire aussi :
Turbine Potsdam, pour l’honneur de l’Est

En Allemagne, le Bayern Munich décide soudainement de faire de son équipe féminine (créée dans les années 1970) une formation de premier plan. Sur la scène internationale, Juve, Barça et les équipes anglaises suivent le mouvement. « La compétition s’intensifie clairement avec les clubs espagnols, anglais et français qui investissent de plus en plus, note Tim Schumacher. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que Wolfsburg veut gagner la Ligue des champions. Une fois qu’il est qualifié, chaque année pour la phase de groupes, et si possible pour le deuxième tour, où tout est alors possible. Mais gagner est désormais beaucoup plus difficile qu’il y a trois, quatre ou cinq ans.”

Un stade d’eux

Quelle que soit leur expérience, le VfL Wolfsburg est à la pointe de l’évolution en matière de savoir-faire. Il sait où établir des synergies (tous les secteurs administratifs notamment) et où s’abstenir (l’essentiel du domaine sportif).

« Nous ne nous entraînons pas au même endroit que l’équipe féminine et nous avons relativement peu de contacts avec les joueuses, confirme le Genevois Kevin Mbabu, membre de l’équipe masculine. Nous participons parfois à des événements ensemble, notamment auprès de sponsors, mais nous ne partageons ni nos entreîneurs, ni nos staffs médicaux.

Ni, d’ailleurs, leur stade : après 2015, les “Wölfinnen” ont évolué de leur propre enceinte de 5200 places, située juste à côté de la six fois plus la vaste Volkswagen Arena où s’illustre le latéral de la Nati. L’AOK Stadion est moderne, fonctionnel et bien dimensionné pour une formation qui ne correspond pas précisément, en prévision de la pandémie, à une moyenne de 2000 spectateurs. Ils n’étaient que 869 mercredi contre Servette mais si le club «fait bien ses devoirs», comme aime le répéter Tim Schumacher, peut-être seront-ils beaucoup plus nombreux dans un avenir proche…

Dans l’assistant, avant chaque coup d’envoi, les enceintes balancent toujours des hurlements de loups qui rappellent aux équipes adverses où elles s’aprêtent à mettre les crampons.

Add Comment