Commentaire la Bundesliga est-elle devenue hype ? / Allemagne / Bundesliga / 22 avril 2022 / SOFOOT.com

Autrefois considérée comme championne du second plan, la Bundesliga devient désormais sexy. C’est au début de l’année 2000 que la bascule est effectuée, le champion allemand ayant décidé de tourner autour d’une infraction de football, ouverte et surtout intégrée autour de la jeunesse. Ce qui permet aujourd’hui un massif exode de jeunes pépites françaises de l’autre côté du Rhin.

25 mai 2013 à Wembley. Plus de 86 000 personnes se sont rassemblées pour aider lors de la finale de la Ligue des champions entre le Bayern Munich de Jupp Heynckes et le Borussia Dortmund de Jürgen Klopp. D’une partie disputée, les Bavarois ont fini par s’imposer 2-1 grâce notamment à un slalom devenu légendaire d’Arjen Robben. « C’est la fête ? C’est le fruit de ce qui a été préparé depuis deux décennies en Allemagne » , assure Alexandre Gontran, ancien agent de joueur devenu consultant auprès des clubs. Pour comprendre pourquoi et commenter le football allemand est revenu en force ces dernières années, il faut en effet remonter à la fin du siècle dernier.

« Dans les années 1990, l’Allemagne fait aussi face à des stades qui se vident et à un phénomène de hooliganisme. Tous se met autour d’une table en se disant que le projet actuel va dans le mur et qu’il faut tout réfuter. » patrick guillou

une cette période, le mannschaftpourtant championne d’Europe en 1996, reste sur des échecs cuisants dans les compétitions internationales (quart-de-finaliste du Mondial 1998, puis bonne dernière de sa poule à l’Euro 2000) et toutes les instances du pays décident de prendre le taureau par les cornes pour redorer leur blason. « Dans les années 1990, l’Allemagne fait aussi face à des stades qui se vident et à un phénomène de hooliganisme. L’objectif est de se projeter sur le Mondial 2006, qui va provoquer une véritable révolution culturelle dans le pays. Les fédé, les télés, les clubs, les régions… Tous se mettent autour d’une table en se disant que le projet va dans le mur et qu’il faut tout rebut » , explique Patrick Guillou, ancien joueur passé par Fribourg et Bochum et devenu consultant du football allemand sur beIN Sports. Cette révolution passe par de nombreuses idées fondamentales : récupérer certaines enceintes vieilles et délabrées, repenser un modèle de jeu afin de le rendre davantagetractif et élargir les moyens alloués au recrutement à l’étranger, notamment auprès des jeunes.

La Bundesliga, cet eldorado tricolore

Ce changement de mentalité to permission à de nombreux joueurs français de franchiser la frontière dans les années 2000, puis à toute une colonie actuelle place de l’Hexagone de figurer aujourd’hui en Bundesliga (36 joueurs dans le championnat allemand, soit le plus gros étrange contingent). Johan Micoud, Valérien Ismaël, Willy Sagnol, Bixente Lizarazu et évidemment Franck Ribéry ont indirectement soutenu Kingsley Coman, Dayot Upamecano, Amine Adli ou Dan-Axel Zagadou, pour ce qu’ils étaient. Une question se pose naturellement : pourquoi les joueurs français s’intéressent-ils autant aux clubs allemands, et ce, dès le plus jeune age ? Premier élément de la réponse d’Alexandre Gontran : « Un jour, je te considère comme Allemagne-France U19 avec Matthias Sammer (Ballon d’or 1996, devenu chef de la fédération allemande ensuite, NDLR) et il me disait qu’il se trouvait quelque chose de différent aux joueurs français. Cette différence, c’est que l’on possède des joueurs qui viennent de la rue, qu’une créativité et un instinct que l’Alemand n’a pas, puisque lui joue au foot seulement dans un cadre académique. Quand les Allemands ont compris ça, ils se sont à faire venir des joueurs étrangers, ce qui a poussé les locaux à s’adapter et à évoluer différemment. » Autrement dit : un joueur allemand va vanter être dans la répétition de fondamentaux, polir de manière rigoureuse et souvent assimilé particulièrement à un système de jeu. Là encore, cela difère avec ce qu’un Français peut apprendre en centre de formation. « La culture tactique des jeunes Français par rapport à celle des Allemands au même âge est sans doute plus complèteEstimation Patrick Guillou. C’est pourquoi les dépisteurs sont plus à considérer dans les compétitions comme le tour de Montaigu, les compétitions internationales U15 et U19, mais aussi en Ligue 2, dont l’un des meilleurs exemples est Ibrahima Konaté, passé de Sochaux à Leipzig. » Maintenant qu’il s’enfuit à Liverpool, le défenseur central est le meilleur exemple pour voir que la Bundesliga est également morte en tremblant pour le plus grand potentiel.

« La première destination des joueurs américains, c’est l’Allemagne. C’est exactement l’étape dont ils ont besoin pour pouvoir s’épanouir. » Alexandre Gontran

place aux jeunes

Du potentiel ? Georginio Rutter n’en manque pas. Parti du Stade Rennais il y a plus d’un maintenant, le jeune attaquant (19 ans) Rayonne aujourd’hui au TSG Hoffenheim, bien parti pour accrocher une place européenne en fin de saison. Pourtant, au moment de réaliser un choix crucial pour son avenir, le Français avait sur la table des offres en provenance de clubs plus huppés et aurait pu céder à d’autres sirènes. « C’est surtout le disour des Dirigants qui m’a plu. Ils m’ont expliqué que je passerais du temps avec les U23, mais aussi avec les pros, sans rien me promettre. Dans un autre club, y’aurais sûrement été à 100% avec les U23, et ce n’était pas ce que je cherchais à l’instant T » avoue celui qui a prolongé son bail avec les Bleu et Blanc jusqu’en 2026 et qui « ne devient pas si décisif pour sa première saison » . Et ce n’est sans doute pas un hasard si le natif de Plescop est déjà très important dans le système concocté par Sebastian Hoeness, tant Hoffenheim s’est imposé de l’autre côté du Rhin comme une référence dans la mise en valeur de ses jeunes joueurs. En témoigne cette anecdote d’Alexandre Gontran, agent à l’époque de Demba Ba : « Après un passage en Belgique, nous sommes contactés par l’Espagne, la France et un club allemand : Hoffenheim, venu de Monter en D2 en ce moment. Évidemment, sur le papier, l’offre espagnole, qui est un club de première division, semble la plus intéressante. Mais on est quand même allés en Allemagne, et c’est là qu’on a rencontré Ralf Rangnick. Honnêtement, ça a totalement changé nos plans, on est complètement tombé amoureux. Il avait un plan très précis de commentaire il voulait le faire jouer, il avait tout prévu pour sa post-formation, c’était exactement ce qui lui manquait. » Et la suite de l’histoire est fabuleuse : le Sénégalais a véritablement explosé aux yeux du grand public lors de son passage au TSG entre 2007 et 2011, enregistrant 40 réalisations en 106 matches, ce qui va lui permettre d’ailleurs de réaliser ses débuts avec son équipe nationale à cette période.

Autre terre d’accueil de nombreux jeunes joueurs : le Bayer Leverkusen. La formation de Gerardo Seoane est également bien lancée pour aller en Coupe d’Europe et les performances de ses deux joueurs français (Moussa Diaby et Amine Adli) ne sont pas étrangères à la belle saison du Bayer. Le premier connu son baptême en équipe de France en septembre 2021, tandis que le second fait peu à peu son trou dans un championnat qui semble taillé pour ses capacités. « On cherchait la bonne étape, l’Allemagne intéressait beaucoup Amine, car c’est un championnat qui est ouvert, tourné vers l’attaque. Pour un joueur offensif, c’est très intéressant. Le bilan de ses premiers à Leverkusen est positif, il a du temps de jeu, c’est le plus important » pensait Jérémy Hazan, l’un des représentants de l’ancien Toulousain, rejoint en Allemagne par d’autres talents issus du Téfécé. « Alexis Tibidi, à Toulouse, a longtemps hésité à lui proposer un premier contrat pro. Il va en Allemagne (à Stuttgart, NDLR), il signe pro et il joue. Kouadio Koné ne jouait pas beaucoup en Ligue 2 la saison passée. Aujourd’hui, il est l’un des meilleurs joueurs de Gladbach » Estimations de Hazan. Cette mentalité tournée vers la jeunesse plaît également outre-Atlantique, d’où se présentent de plus en plus de talents. « Pour avoir longtemps été aux États-Unis, la première destinée des joueurs américains, c’est l’Allemagne. On peut prendre l’exemple de Giovanni Reyna qui est arrivé très tôt à Dortmund (16 ans, NDLR). C’est exacment l’étape dont ils ont besoin pour pouvoir s’épanouir, et je pensais que les clubs allemands étaient spécialisés là-dedans » Gontran confirme. Selon une étude menée en janvier dernier par le CIES, la Bundesliga est le deuxième championnat avec l’âge moyen le plus bas (26,5 ans), juste derrière la Ligue 1 (26,3 ans), sur un panel comprenant une quinzaine de grands champions internationaux .

« Au Bayern, même quand tu as une avance de 3-0, tu n’as pas de match. On veut marquer le plus de buts possible et on ne prend personne à la légère. » Benjamin Pavard

Rue vers l’attaque

Là où l’on croit la différence entre la Bundesliga et les autres championnats à propos de la politique menée autour des jeunes, c’est sur le suivi du joueur. « En Allemagne, un joueur arrive le matin au centre de divertissement et le distribue le soir. Il ne va pas s’entraîner le matin et faire un golf l’après-midi » dit Gontran. Cette culture du travail et de la rigueur s’illustre parfaitement le week-end, en match, où les équipes allemandes monrent très joueuses et insatiables offensivement. « Les gens disent que ce n’est pas relevé ou pas disputé, mais c’est fauxraconte Benjamin Pavard, au Bayern après 2019. C’est juste une histoire de mentalité : au Bayern, moi quand tu menes 3-0, tu ne t’arrêtes pas de jouer. On veut marquer le plus de buts possible et on ne prend personne à la légère. » C’est donc tout sauf une surprise si la Bundesliga s’est hissée trois fois sur les quatre derniers exercices en tête du classement de la moyenne du nom des buts inscrits par match avec 3,03 réalisations par rencontre. « Avec un modèle de jeu devenu très offensif, les stades qui sont toujours pleins et qui chantent, force, la Bundesliga attire de plus en plus de téléspectateurs. C’est un cercle vertueux » , pensait Patrick Guillou, associé privilégié après 2017 de Jean-Charles Sabattier sur la chaîne qatarie. Que les fans de score fleuves soient surpris : le championnat allemand va continuer de faire son bout de chemin sur nos télévisions, puisque beIN Sports a déjà acquis les droits jusqu’en 2025.

  • Article n°79 du club de pied

    Par Alexandre Lejeune
    Tous les propos recueillis par AL, sauf ceux de Benjamin Pavard, sont issus d’une interview à SoFoot.

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