en Islande, les applaudissements de 2016 ne résonne plus

Quart de finaliste à l’Euro 2016 organisé en France, l’Islande avait créé la sensation avant de régresser progressivement pour retomber dans l’anonymat.

Qu’il parait loin ce temps où des milliers de supporters islandais initiaient la France au fameux applaudissements, ce type d’applaudissement particulier qui consiste en taper dans les mains, les bras tendus après deux coups de tambour. Qu’il soit utilisé avant l’Euro 2016 pour certains suiveurs, notamment ceux de Nice en France, car ils font du bien aux supporters islandais qui sont popularisés par la faveur des parcs surprenants de leur sélection aux champions d’Europe. Deux nuls et une victoire en phase de poule avant d’éliminer l’Angleterre en 1/8moi enfin, à la surprise générale. C’est la première fois, dans son histoire, que l’équipe nationale d’Islande a réussi un tel parcours dans une grande compétition.

Le quart de finale fut bien plus compliqué par les Nordiques, éliminé lourdement par la France (5-2). Plus que cela n’a d’importance. Ce petit pays volcanique proche du cercle polaire avait déjà amplement réussi son Euro en plus d’avoir créé un véritable capital sympathie autour de lui. Mais depuis, l’insolent succès a laissé place aux échecs sportifs et extra-sportifs. Avant de se déplacer en Roumanie à partir du jeudi aux éliminatoires du Mondial 2022 (20h45), l’Islande n’a plus vraiment l’allure d’un conte de fées.

Un dernier exploit avant la chute

La chute à mis du temps à se dessiner. Après la parenthèse enchantée de l’été 2016, on aurait pu prédire des lendemains plus délicats pour la sélection islandaise. Il n’en est rien puisque l’Islande parvient à se qualifier pour la Coupe du monde 2018 en Russie en terminant à la première place de son groupe de Qualification, devant la Croatie, futur finaliste. Exploit retenu, l’Islande bat le record de Trinité-et-Tobago en 2006 et devient le plus petit pays, d’un point de vue démographique, à se siffler dans la phase finale d’un Mondial. La sélection emmenée par Heimir Hallgrimsson pointe alors à la 22moi place du classement FIFA soit une obligation de 90 place en 8 ans. Lors du premier match de Coupe du monde de son histoire, l’Islande parvient à accrocher l’Argentin de Jorge Sampaoli (1-1). Un nouvel exploit, certes, marque plus que le début de la fin du comte de la foi. Dans les deux matches suivants, l’Islande s’incline face au Nigeria d’abord (2-0) puis contre la Croatie (2-1). L’aventure s’arrête dès les phases de poule et l’enthousiasme de l’Euro 2016 semble déjà lointain.

Pour la suite, l’Islande a inauguré la toute nouvelle Ligue des Nations avec un revers cinglant en Suisse (6-0) avant de récolter trois autres défaites dans d’autres matches. Les Nordiques ont échoué également dans leur quête de Qualification pour l’Euro 2020. Le sentiment de régression et de retour dans l’anonymat est confirmé par les ces éliminatoires pour le Mondial 2022 où l’Islande pointe à l’avant-dernière place de son groupe avant de se plaisir en Roumanie. Si la qualification n’est pas mathématiquement impossible, le parcours du Nordique dans ces éliminatoires n’incite pas franchement à l’optimisme. L’Islande n’a rapporté que deux matches face à un modeste Liechtenstein.

La nouvelle génération se fait attendre

Commentaire expliquant le retour au cas départ ? Comme souvent, c’est vers le terrain qu’il faut considérer. L’Islande est au milieu d’une nouvelle génération qui tarde à émerger. «Dans un petit pays comme l’Islande, vous devez accepter qu’il y ait des hauts et des bas selon les générations», expliquait en 2019 le sélectionneur de l’époque, le Suédois Erik Hamrén. Il est certain que l’Ile est un petit pays dont la population est estimée à un peu plus de 343 000 habitants en 2018, soit l’équivalent de la ville de Nice. Dans le football, l’Islande compte 23 000 licences. À titre de comparaison, ce chiffre monte à près d’1,9 million en France. La différence donnerait presque le tournis. Dans ces conditions, on sait que l’Île du surf a progressé indéfiniment après l’explosion de 2016.

D’ailleurs, la sélection est en proie au vieillissement. Lors du match éliminatoire pour le Mondial 2022 face à l’Allemagne (défaite 4-0 à domicile), l’entraîneur Arnar Vidarsson n’a aligné que 3 joueurs de moins de 24 ans. La relève peine à arriver mais au pays des volcans, on se veut optimiste. Si la légende locale, Eidur Gudjohnsen, raccroché les crampons depuis 2016, son fils, Andri, évolue avec la réserve du Real Madrid. Kristian Hlybsson fait, lui, les beaux jours des équipes du jeune de l’Ajax Amsterdam. Une maigre lueur d’espoir pour une sélection que n’a d’autres choix que de faire émerger de nouveaux noms car l’Islande ne peut plus vraiment compter sur les cadres de l’Euro 2016.

Une sélection plombée par les scandales extra-sportifs

Aron Gunnarsson, Kolbein Sigthorsson et bien sûr Gylfi Sigurdsson. Ces trois joueurs étaient les piliers de la sélection islandaise en 2016. La dernière cité, passée notamment par Everton et Tottenham, faisait même partie des meilleurs joueurs de l’histoire du pays. Mais ces trois joueurs sont aujourd’hui dans la tourmente. Aron Gunnarsson était accusé de l’avoir violé pour une jeune femme et c’est lui qui a renoncé lui-même à la force de l’ordre le mois dernier. Kolbeinn Sightorsson – le meilleur buteur de la sélection à égalité avec Eidur Gudjohnsen – est au cœur d’un scandale d’agression sexuelle pendant lequel Gylfi Sigurdsson fait l’objet d’une enquête pour abus sexuels sur mineurs en Angleterre.

Trois joueurs désormais trentenaires mais capables encore de rendre des services précieux à l’équipe nationale dont ils ont été logiquement écartés. Trois critiques pour leur attention et leur propension à vouloir étouffer certains de ces scandales, la Fédération islandaise de football est elle aussi dans l’œil du cyclone. «Le Bureau, les adjoints et les représentants régionaux (de la Fédération, NDLR) ont décidé de démissionner et rendront leur mandat au plus tard lors de la convocation de l’Assemblée extraordinaire», à la Fédération dans un communiqué le 30 août dernier assurant que «les réponses aux violences et délits sexuels continueront d’être une priorité». Des décisions fortes mais prises trop tardivement selon plusieurs suiveurs de l’équipe nationale islandaise. D’un retour dans le rang presque logique après les exploits de 2016 et 2018, la trajectoire du football islandais proposé pris une tournure de descente aux enfers. 22moi en 2018, l’île est désolée 61moi du classement FIFA et semble bien loin d’un retour au premier plan.

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