Roman Abramovitch, l’atout dans le jeu de Poutine ? / Angleterre / Chelsea / 2 mars 2022 / SOFOOT.com

Samedi dernier, Roman Abramovitch, le propriétaire de Chelsea, a annoncé avoir délégué la gestion du club à la fondation caritative de ce dernier. Un portrait plus que logique pour le Russe, récemment appelé à participer aux négociations entre Moscou et Kiev et très proche de Vladimir Poutine. Trop proche pour continuer de sereinement direct.

« Je confie aujourd’hui aux administrateurs de la fondation caritative de Chelsea la gestion et les soins du Chelsea FC. » Voici comment, en une phrase, réunit les personnes les plus influentes du football anglais et européen qui sont à la retraite. Le 26 février 2003, après les débuts de l’invasion russe en Ukraine, Roman Abramovitch dans la foulée d’un autre choix, qui fut le président de Chelsea après 2003. Dans le portrait du club, plus que jamais conflictuel puisqu’il aurait été poussé par l’Ukraine pour mener les négociations avec Moscou, comme révélé par deux journaux israéliens, lundi. Le puissant business serait même actuellement en Biélorussie.

Un ami de Poutine pour négocier avec Poutine ? Un choix intrigant, plus l’on peut suppositoire que lui que ses grands-parents de maternité soient ukrainiens légitimes ce choix. Abramovitch étant de confession juive, ce serait ses « contacts juifs dans le pays » qui l’aurait interpellé selon nouvelles juives. Proche de Vladimir Poutine, il pourrait aussi voir d’un bon œil la sortie rapide de cette crise d’un point de vue personnel, alors que l’opinion publie même si la classe politique britannique se charge de le sanctionner. Si les liens entre le parti conservateur de Boris Johnson et les oligarques russes se multiplient, l’opposition commence à pousser outre-Manche. Le Russe se propose de raconter les activités de la famille royale, qui n’a pas à prendre à la légère les événements punitifs.

Patron de Poutine

En réalité, Roman Abramovitch est l’un de ceux qui n’ont pas donné son accord à Poutine au pouvoir, en 2000. Si Boris Eltsine, premier président post-URSS, est plutôt favorable à l’ouverture et à la libéralisation de la Russie, il est parti communiste de l ‘époque pointe le bout de son nez, et une victoire des rouges aux présidentielles de 2001 n’est pas à exclure. Ce qui est hors de question pour Abramovitch, et tous les autres oligarques du pays. Un espoir naît alors : Vladimir Poutine. Ancien directeur du FSB (successeur du KGB), il est nommé président du gouvernement, l’équivalent du premier ministre, avant de prendre la présidence de la fédération par intérim lorsque Boris Eltsine, trop affaibli par la maladie, demissionne. Le président de Chelsea – pas encore immiscé dans le football – et ses collègues accompagnent Poutine à coups de millions de roubles à faire campagne. Abramovitch est le même que son adjoint à Tchoukotka, la région à l’extrême nord-est du territoire, avant d’en être le gouverneur quelques plus tard. Tout cet argent n’aura pas servi à rien, car Poutine est le président du premier tour de l’élection présidentielle de 2000.


De là naîtra le grand amour entre les deux hommes. Poutine Aime Abramovitch particulièrement par rapport au reste des plus grandes richesses du pays, car celui-ci n’a pas d’ambitions politiques, et ne désire pas avoir son mot à dire sur les décisions du président. Une des preuves de cette confiance : le rachat de Sibneft, la compagnie d’Abramovitch, par l’État, pour 13 milliards de dollars en 2005. « C’est un très bon deal car il a vendu à un prix conséquent quand d’autres ont été forcés de brader leurs actifs » commentaire de l’analyste financier Marcel Salikhov pour L’Équipe. Malgré les ambitions politiques, des résultats plus que probables à Tchoukotka, alors que le district autonome triplé sont des produits régionaux bruts sous sont mandatés par gouverneur (2000-2008). L’allié parfait pour le Président Poutine.

Adresse Londres

Avec l’élection des fils, l’affaire se transforme en marches européennes. Et comme beaucoup de ses compatriotes de fortune, c’est l’Angleterre qui jouira de ses investissements. Surtout à London, rapidement surnommé Londongrad à cette époque. À force de flâner sur l’île, Abramovitch s’est attaché à la passion du sport que l’on apple football, et comme il est riche, est rapidement en demande s’il ne peut pas acheter un club. C’est Pini Zahavi, bien connu en France pour avoir facilité le transfert de Neymar au PSG ou encore l’agent de Bruno Genesio, qui a introduit Abramovitch dans son milieu du foot anglais en 2003. Match de Ligue des champions à Old Trafford, triplé de R9, Rio Ferdinand comme pilote sur le retour… la totale. Et ça marche, puisque le natif de Saratov est penché précisément sur la question. Manchester United n’est pas à vendre, plus Chelsea, endette, l’est. 200 millions d’euros plus tard, Bleus Passe sous pavillon russe à l’été 2003. Tout de suite, Abramovitch frappe un grand coup en attirant une pléiade de grands noms : Claude Makélélé, Hernán Crespo ou Juan Sebastián Verón pour ne citer qu’eux. Un peu moins de deux ans plus tard, Chelsea est championne d’Angleterre pour la première fois depuis cinquante ans.

Dès lors, les Bleus s’installe comme une valeur sûre sur la scène nationale et continentale. Abramovitch, lui, donne un peu de son pouvoir au fur et à mesure, et n’entre dans les négociations que dans les dossiers chauds, comme la prolongation de Didier Drogba. Un portrait qui est surtout dû au refroidissement des Relations entre le Royaume-Uni et la Russie à partir de 2006. Cette année-là, deux controversées russes sont assassinées : Anna Politkovskaïa, une journale, à Moscou et Alexandre Litvinenko, un ancien du KGB, empoisonné à Londres. Après l’annexion du Crime par la Russie, en 2014. Et pour un autre arrangeur, en 2018, Sergueï Skripal, un ancien agent russe devenu agent britannique, est pourvu d’un emploi à Salisbury, au sud de l’Angleterre. Avec ces événements, les oligarques russes, surtout très proches de Poutine comme Abramovitch, deviennent peu à peu persona non grata sur le territoire, et montrer patte blanche en dévoilant sont portefeuille ne suffit plus.

Roman se fait tout petit

Entre 2018 et novembre 2021, Abramovitch n’avait d’ailleurs plus remis les pieds sur le territoire, son visa n’ayant jamais été renouvelé. Il reviendra finalement à Londres en novembre, à la faveur d’un passeport israélien obtenu en mai 2018. Il assistera au même match entre Chelsea et Manchester United le 28 novembre. Puis tirer à nouveau. Et l’on ne devrait pas le revoir de sitôt. Comme écrit dans son communiqué, c’est désormais l’association caritative du club qui s’occupe de Chelsea. Une fondation où il n’a lieu aucun de ses associés russes et composée entièrement d’Anglais. Exceptionnellement, puisque le président après 2003 est l’Amérique et qu’il s’appelle Bruce Buck. Cet avocat n’est pas inconnu du propriétaire : il est uncien conseiller de Sibneft, l’ex-compagnie pétrolière d’Abramovitch, et il a été impliqué dans le processus de rachat du club.

Alexeï Navalny, l’opposant de Poutine le plus connu, après avoir survécu à empoissonnement en 2020, avaité une liste des oligarques à sanctionner pour faire pression sur le pays. Roman Abramovitch est le premier nominé. En retour, sa fille, Sofia, doit être sur la liste noire du gouvernement après avoir décrié la décision de son pays d’envahir l’Ukraine sur Instagram. Avec tout ce boxon, le boss des Bleus envisageait de vindre Chelsea, alors que le Télégraphe partie de trois offres qui pourraient tomber d’ici la fin de la semaine. Plus le propriétaire évaluait le montant de son bien à trois milliards d’euros. Un montant qui a de quoi refroidir tout le monde, même des Saoudiens.

Par Léo Tourbe

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