Avec le PSG, l’art de perdre en Ligue des champions est aussi un spectacle

Pour un esprit rationnel, le Paris-Saint-Germain arrive avec des certitudes qui donnent un Santiago-Bernabeu en travaux, ce mercredi 9 mars, avant son huitième de finale retour de Ligue des champions. Entre la victoire remboursée et la presque mal payée du match aller (1-0), une patraque du Real Madrid, un Kylian Mbappé qui n’est pas parti pour l’inéluctable moins l’été prochain et un début de cohérence dans le jeu proposé, les feux semblent enfin au vert cette saison.

En théorie. Car, c’est un peu son charme, le PSG peut aussi caler sans prévenir et divertir sa légende d’objet sportif insaisissable. Samedi, les Parisiens ont offert leur cote Mister Hyde avec une défaite et un hors sujet contre Nice en championnat (0-1). En bon ancien de la maison, Edouard Cissé informe à aimer « ce club irrationnel » UNED « on demande toujours sur quelle peau de banane on va glisser et qu’est-ce qui va encore nous arriver ? ».

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En août 1997, le jeune milieu de terrain vient d’intégrer le groupe professionnel et assiste aux premières loges à l’épisode rocambolesque du fax. Suspendus, ce sont les coéquipiers de Laurent Fournier qui se disputent le match aller du tour préliminaire de la Ligue des champions sur la pelouse du Steaua Bucarest. L’UEFA à bien renseigné l’adresse parisienne pour le fax, plus celui-ci a été égaré, et donc jamais lu.

Tapis vert et marabout

Une boulette administrative lourde de conséquences, le déficit initial (3-2) s’est transformé en 3-0 sur tapis vert et condamné Paris au ridicule et à l’exploit. « Nous sommes la montée de l’Europeannonce à l’époque Claude Le Roy, le directeur sportif à ses joueurs. Il ne vous reste qu’à relever l’impossible défi de vous qualifier. »

Message complet. Au retour, le Parc des Princes vit une de ses plus belles nuits avec une victoire 5-0, comme annoncée… par un marabout démarché par Le Roy avec l’accord de son président, Michel Denisot. Ce soir-là, un Leonardo touché par la grâce effectue ses adieux à Paris comme joueur.

Vingt-cinq ans plus tard, le Brésilien s’est glissé dans le costume sur mesure d’un directeur sportif aux moyens presque illimités. De plus, plutôt du Qatar dès 2011, le PSG débarque sur ses déplacements pour se renouveler dans ses aventures. L’humoriste Julien Cazarre remercie son équipe de cœur de lui fournir une matière inépuisable pour ses chroniques sur RMC ou football français. « Le PSG, c’est un type qu’a acheté le costard et les chaussures les plus chères, mais fini toujours par marcher dans la merde. »

Très imagée, la théorie s’appuie sur quelques exemples récents. Le plus célèbre ramener à l’entrée du mot « comeback » dans le Larousse avec cette élimination face à Barcelone en 2017 (6-1) quand les probabilités certifiaient à 100% la qualification après le récital du Parc (4-0) à l ‘aller. « Notre grande force, c’est qu’on arrive toujours à nous renuvelerpar costume Cazarre. En 2020, le week-end de la finale de la Ligue des champions, plus c’est la première qui se joue dans un stade vide à cause du Covid. Et mieux, sur la défaite contre lui le Bayern Munich à cause d’un mais de la tête d’un joueur formé chez nous [Kinglsey Coman] et qui ne marque normalement jamais de la tête. »

Le PSG aurait même un côté Buster Keaton avec un consommé art du gadin. « Après ses débuts en 1970, il a fait du spectacle la condition de son exister. Ou, un spectacle, c’est un début, un milieu et une chute », développement de Thibaud Leplat, philosophe et auteur deIci, c’est Paris (Solaire, 2014). A le suivre, le supporteur aurait intériorisé ce sens du burlesque. « Il attend et redoute la nouvelle péripétie avec ce côté grandiose dans la lose Le PSG est un club de rappel pour adolescents. A cet âge, on vit de façon plus intense les victoires et les défaites, comme sa première cigarette ou son premier chagrin d’amour. »

Un âge où l’on se fait aussi des films. Quand l’UEFA annonce le lieu de la finale de C1 de Saint-Pétersbourg au Stade de France en raison de l’invasion russe de l’Ukraine, les amoureux du PSG phosphorent sur les réseaux sociaux sur la façon dont leur équipe va bien pouvoir rater cette dernière marche, presque à domicile. Edouard Cissé a observé cette propension au défaitisme. « Quand je discute avec les supporters en début de saison, ils devaient être très confiants avec les arrivées de Messi, Ramos, Wijnaldum, mais non, ils me disaient »ce n’est pas possible autrement, il va encore nous arriver un truc ». »

“Un club de flamenco”

A force de moqueries et d’échecs en Ligue des champions, certains ne finiront pas par croire que soutenir l’équipe de Messi, Mbappé et Neymar a un sacerdoce. « Oui, on seplaint alors qu’on n’a jamais gagné autantavoue Sylvain, 38 ans et donc en âge d’avoir vu Amara Diané a sauvé le PSG d’une descente en Ligue 2 en 2008. Le problème, avec le Qatar, c’est que, lorsqu’on gagne, c’est normal, mais, dès qu’on perd, on passe pour des cons, des nouveaux riches qui font n’importe quoi… Et parfois, ce n’est pas faux. »

Le supporteur cite le récent épisode de la telenovela entre Mauro Icardi et sa femme (et agent), Wanda Nara. « On lui a quand même donné trois jours pour tenter de récupérer sa femme que l’avait largué sur Instagram », dit-il. Depuis, l’Argentin a retrouvé son épouse et son banc de touche. « C’est un problème que chacun d’entre nous peut connaître. Il n’était pas en condition de jouer », pour défendre Leonado dans un récent entretien à L’Équipe.

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Plus quand Ander Herrera, joueur au profil très «employé du mois», est victime, en octobre 2021, d’une fuite improbable vers un feu rouge en plein bois de Boulogne d’un travesti, on dit que le PSG entretient sa réputation . « Les Qataris essayent de le rendre respectable, d’en faire une institution, mais il garde en lui le côté subversif et bordélique de ses débuts, quand il a été fondé contre les chambres du football français par Daniel Hechter et la bande chemises roses », deroule Thibaud Leplat.

Pour Julien Cazarre, c’est club confond avec sa ville ou du moins avec une Certaine idée de Paris, plus showbiz et paillettes que faubourgs et blouses bleues. « Sociologiquement, le PSG n’a jamais été un club ouvrier, plus que flambeurs, assure l’humoriste. Dans les années 1970, ce n’est rien du tout mais les mecs veux faire venir Pelé. Ils ne doutaient de rien. Sans s’en rendre compte, les Qataris respectent cette tradition en recrutant un mec comme Neymar. »

Flamboyant, inconstant et énervant, l’ancien du Barça – avec ses hauts, ses bas et son hédonisme assumé – incarnerait Paris, “cette ville du Sud coincée dans l’Europe du Nord”, avance Leplat. « Le PSG est un club latin, poursuivre-il. Ce sont les rires et les larmes, le spectacle permanent. Il ne sait pas faire autrement. Mais c’est aussi comme ça qu’on a séduit une salle, et pas avec un bilan comptable en équilibre en fin d’année. C’est son histoire, c’est le récit qu’en donne les médias et des habitudes contractées depuis des années. »

Avec le Paris-Saint-Germain, il faut donc s’attendre à tout. Et pourquoi es-tu allé à un match maîtrisé et à une Qualification sans trembler à Madrid ? C’est aussi cela, rever plus grand.

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