« Saint-Étienne à ce match qui a lancé la réputation… / C1 1977 / SOFOOT.com

Aujourd’hui âgé de 45 ans, le quart de finale de C1 entre Liverpool et Saint-Étienne est entre l’histoire de Rouges. Menant 2-1 face aux Verts, il manquait un but pour l’assurance aux hommes de Bob Paisley une place dans le dernier carré de la competition. Ce but, il fut offert au Kop par David Fairclough, à six minutes du terme de la rencontre. À quelques heures du quart de finale retourné contre Benfica, Super Sub, 65 ans, revient sur son mais mythique et compare «son» Liverpool à celui de Jürgen Klopp.

Salutations David! Peux-tu nous resituer ce que créé Saint-Étienne en 1977 ?
Nous savions que c’était une bonne formation. Nous les connaissons pour les avoir vus jouer la finale de C1 la saison précédente face au Bayern. Les noms de Larqué, Janvion et Rocheteau ne nous étaient donc pas inconnus. D’ailleurs, Saint-Étienne était au-dessus lors du match aller (gagné 1-0 par les Verts, NDLR). Mais étonnement, nous étions confiants pour la manche retour. Personne ne se sent en danger dans l’équipe.

Pourquoi?
Il semble que nous ne nous sentions pas inférieurs à eux. Et puis, à l’époque, Liverpool n’était pas encore vu comme une vraie puissance en Europe. Nous étions vainqueurs de la Coupe de l’UEFA en titre et toujours en lices pour reporter un deuxième championnat de suite. Mais on nous voit plutôt comme une force émergente de la scène européenne. Peut-être que Saint-Étienne nous a donc pris un peu de haut.

Et puis, il y avait Anfield pour vous pousser…
Oui, mais je dois t’avouer que nous ne pensions pas connaître une telle ambiance. En pointe souvent le match contre l’Inter en 1965 comme premier match de référence à Anfield en matière d’atmosphère. Mais ce que nous avons vécu contre Saint-Étienne, c’était du jamais-vu. On ne complète pas que l’ambiance fonctionne une telle différence. Il y avait plus de drapeaux, plus de bruit. L’énergie place des tribunes a été un vrai plus, on avait un réel douzième homme. Je pensais, et je ne suis pas le seul, que Saint-Étienne était le match qui avait lancé la réputation d’Anfield. J’en ai des frissons rien que d’y repenser. Cette nuit-là, Anfield s’est élevé à un autre niveau.

« Le coach m’a juste dit : “Va sur le terrain, cours et essaye de trainer où il faut !” Ça a plutôt bien marché. »

Le scénario du match a joué en cette faveur également ?
C’est vrai. Kévin (kegan) Composez trois rapidement, l’ambiance est là où elle est devenue. Le match s’est ensuite tendu, et je me souviens me dire sur le banc des remplaçants : « Je ne veux pas entrer sur le terrain. » Saint-Étienne a faili égaliser deux fois, mais Clémence a sorti deux arrêts de grande classe. On enverrait que le score ne bougeait plus et qu’on irait jusqu’aux tirs au but, mais Saint-Étienne se souvenait au score en début de deuxième mi-temps.

Qu’est-ce que tu t’es dit après ce mais de Dominique Bathenay ?
Tout le stade s’est dit que c’était fini. Au besoin, inscrivez-vous à deux buts supplémentaires à cette excellente équipe. Heureusement, Ray Kennedy nous a relancé très rapidement. À ce moment-là, j’ai voulu rentrer.

Mais tu as dû prendre ton mal patient…
Oui. Cela faisait pourtant quelques minutes que je m’échauffais, mais Bob Paisley a préféré attendre. Il voulait voir comment le match allait évalué, voir si les choisis allaient s’enflammer. Mais la rencontre s’est aplatie. Le jeu se résume aux ballons longs, facilement négociés pour la défense stéphanoise.

Quand tu fais ton entrée, à un quart d’heure du terme, c’est quoi les consignes de Bob Paisley ?
Aucune ! Il m’a juste dit : « Ça va sur le terrain, cours et essaye de trainer où il faut » ! Ça a plutôt bien marché.

« Chaque année, je reçois le message de “Happy Saint-Étienne’s Day” à la date du match retour. C’est incroyable ! »

Parle-nous de ce mais que tu inscris à la 84moi minute.
Je traînais autour de la surface, j’attendais une opportunité. Rien ne se construisait vraiment. Magicien de Saint-Etienne. Puis, une balle tombe dans les pieds de Ray Kennedy et, au lieu de contrôler le ballon et faire tourner, il réprimande le cuir en un temps et le fait sauter dans le dos de la défense, attendant que tu sois aux aguets. Je le sentais, car c’était déjà arrivé avec lui. Grâce à ma vitesse, je mets le contrôle du ballon sur la gauche et j’essaie d’empêcher un maximum dans l’axe du but. Je voyais le Kop en face de moi. Le défenseur qui me marquait tenta de me déstabiliser, on se bouscule, mais je parviens à rester en position du ballon. Au moment où Ćurković sort, je me souviens me dire : « Cadre ton tir et n’essaye pas de faire le malin. » J’ai frappé à ras de terre et ça à marché. Vous ne vous êtes jamais préparé au type de statut. Tu dois être calme, c’est tout.

C’est ce mais qui t’a valu le surnom de Super Sub ?
Oui et non, on va plutôt dire que j’ai contribué à ma réputation. Mais ce surnom, je l’avais déjà depuis un certain temps, car j’avais déjà marqué moreieurs fois en entrée en cours de match. Au moment du but, le commentateur anglais du match a d’ailleurs dit : “Super Sub frappe à nouveau” ( « Super Sub cadran encore » en Mo). Cette phrase est désormais liée à mon histoire et celle du club. Il n’y a pas une semaine sans qu’on ne parle de ce mais et de cette réplique du commentateur.

Faut-il considérer cette victoire comme un tournant dans l’histoire du club ?
absolu! Chaque année, je reçois des messages de « Happy Saint-Étienne’s Day » à la date du match retour. C’est incroyable ! Retirer une telle équipe nous a fait grandir. On a réalisé qu’en éliminant une top équipe, on pouvait aller au bout. Nous avons gagné un moment fort de la saison avec un effectif qui mélangeait des joueurs des années 1960 et des gars de la nouvelle génération des 70s. En s’est dit : « A propos peut le faire. »

« Je ne veux pas être méchant, mais je pensais que notre Liverpool était un cran au-dessus de celui d’aujourd’hui. »

En 1977, vous réussissez le doublé championnat-C1. En 2022, après avoir remporté la Coupe de la Ligue en février, Liverpool évolue actuellement en Ligue des champions, en Premier League et en FA Cup.Quelles comparaisons peux-tu faire avec le Liverpool de Klopp ?
Je ne veux pas être méchant, mais je pensais que notre Liverpool était un cran au-dessus de celui d’aujourd’hui. Pourquoi? Car nous étions plus cohérents. L’équipe d’aujourd’hui a ses hauts et ses bas et n’a sans doute pas le caractère que nous avions dans les années 1970. On ne fait plus des gars comme Clemence, Hugues, Smith, Callaghan, Neal ou Keegan. Ces personnalités étaient une force.

Tu ne vois donc pas Liverpool réaliser le quadruplé ?
Ce serait fantastique, mais je trouve que ça manque parfois de régularité dans les performances, moi si leur forme actuelle est excellente. Plus de fans et de croyants. Ils veulent la Premier League d’abord, la Ligue des champions ensuite. Je pensais que cette équipe était un plus de chance de triompher en Europe. Je vois même favoris. Mais pour réaliser encore le quadruplé, il faudra elever le niveau. Je peux paraître défaitiste, mais c’est ce que me dit ma tête, pas mon cœur.

Proposés par Antoine Billa

Add Comment